Réno-Dépôt fait maintenir le bâillon pour un an

La Presse
Nouvelles générales Jeudi 19 décembre 1996 A12
Réno-Dépôt fait maintenir le bâillon pour un an
Boisvert, Yves

TYPE: Nouvelle

LONGUEUR: Moyen

CENTRE D’INTÉRÊT: Présidents, administrateurs et conseils d’administration; Quincailleries; Biographies; Cours et administration de la justice

CENTRE GÉOGRAPHIQUE: Québec

ENTREPRISE: Réno-Dépôt

Par une nouvelle manoeuvre judiciaire, Pierre Michaud, PDG de Réno-Dépôt, vient de s’assurer que le livre sur son grand-oncle Paul-Hervé Desrosiers ne parviendra pas dans les librairies avant un an, si jamais il y arrive.

M. Michaud et Réno-Dépôt avaient donné mandat à l’écrivain Pierre Turgeon d’écrire une biographie de feu P.H. Desrosiers, fondateur en 1933 d’une société qui est devenue Réno-Dépôt. M. Michaud avait laissé tous les droits d’auteur à M. Turgeon. M. Michaud affirme aujourd’hui qu’il est implicitement détenteur de ces droits. Il a accepté le projet de synopsis de M. Turgeon. Mais le manuscrit ne faisait pas l’affaire de M. Michaud et il a mis fin au projet. Apparemment, le grand-oncle mort en 1969 n’y paraît pas sous son meilleur jour. Il serait question de pots-de-vin et de trafic d’influence auprès du gouvernement. Pour célébrer l’anniversaire d’une entreprise et honorer son fondateur, ce n’était pas l’idéal.

Mais fort de ses droits d’auteur, M. Turgeon a proposé son manuscrit à Lanctôt Éditeur, qui l’a accepté. M. Michaud a obtenu une injonction provisoire en septembre et l’affaire devait être débattue cette semaine devant le juge Michel Côté, de la Cour supérieure.

Mais voilà, l’avocat Marek Nitoslawski, qui représente M. Michaud et Réno-Dépôt, a d’abord tenté d’obtenir que le procès se tienne à huis clos. À quoi bon interdire la publication d’un livre si le débat le concernant est rapporté dans les médias? demande-t-il.

Le juge Côté, appliquant les enseignements constants et répétitifs de la Cour suprême, a rejeté cette demande exorbitante. Il a toutefois accepté de rendre inaccessible le manuscrit pendant le procès. Les autres documents faisant référence au manuscrit sont susceptibles d’être mis à l’écart également, mais ce sera à Me Nitoslawski de démontrer que cela est essentiel.

Me Nitoslawski n’était pas satisfait de cette décision et s’est aussitôt rendu en Cour d’appel. Le juge Claude Vallerand a accueilli rapidement sa demande de permission d’en appeler. Trois juges entendront l’appel dans plusieurs mois.

En attendant, tous les documents entourant cette affaire demeureront secrets. Visiblement de mauvaise humeur (il s’est plaint de sa charge de travail, s’est dit vanné et s’est excusé de sa «face longue»), le juge Vallerand a refusé de consulter le contrat entre MM. Michaud et Turgeon, comme l’invitait à le faire l’avocat de l’écrivain. Ce contrat est si clair qu’on peut prétendre que les Michaud (Claude est également impliqué) n’ont aucun droit à faire garder le secret sur ce document, a plaidé sans succès Me François Shanks.

Quel scandale les Michaud tentent-ils d’étouffer? C’est la question que tous se posent, vu les sommes investies dans cette entreprise judiciaire. Ils recherchent une ordonnance interdisant à tout jamais à M. Turgeon de publier quoi que ce soit sur P.H. Desrosiers ou de communiquer quelque renseignement là-dessus. Ils peuvent dormir en paix pour 1997…

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