Le secret de Réno-Dépôt : le juge tranche ce matin

La Presse
Nouvelles générales Mercredi 18 décembre 1996 A14
Le secret de Réno-Dépôt : le juge tranche ce matin
Boisvert, Yves

TYPE: Nouvelle

LONGUEUR: Moyen

CENTRE D’INTÉRÊT: Présidents, administrateurs et conseils d’administration; Quincailleries; Biographies; Cours et administration de la justice

CENTRE GÉOGRAPHIQUE: Québec

ENTREPRISE: Réno-Dépôt

Le juge Michel Côté dira ce matin si M. Pierre Michaud et Réno-Dépôt auront droit à un procès secret pour faire interdire un livre sur P.H. Desrosiers, grand-oncle du PDG de Réno-Dépôt. Mais s’il faut en croire les remarques du juge Côté, les chances sont minces pour que la demande soit accordée telle quelle.
M. Michaud avait mandaté l’écrivain Pierre Turgeon pour faire des recherches et écrire la biographie de son grand-oncle, un homme d’affaires haut en couleur décédé en 1969. Pour ce faire, M. Michaud a donné accès à des documents confidentiels et à des personnes susceptibles d’informer M. Turgeon. Mais apparemment, aucune restriction de diffusion n’avait été prévue, et l’écrivain demeurait le dépositaire de ses droits d’auteur.

Le hic, c’est que M. Michaud n’a pas aimé le résultat des recherches de l’auteur, qui parle beaucoup des relations entre M. P.H. Desrosiers et le premier ministre Maurice Duplessis. Il y est question de pots-de-vin et d’autres choses, très privées apparemment, qui déplaisent à la famille Michaud. Les Michaud (Pierre et Claude) ont obtenu une injonction provisoire pour empêcher M. Turgeon de publier le livre chez Lanctôt Éditeur, comme il s’apprêtait à le faire. Le juge Côté doit maintenant prendre une décision finale à ce sujet. L’avocat des Michaud, Me Marek Nitoslawski, dit que le débat doit se faire en secret.

«M. Michaud demande à la Cour supérieure d’être le censeur de l’histoire ; est-il à propos, dans ce cadre, de faire ce débat à l’abri du regard pénétrant du public et des médias?» a demandé d’entrée l’avocat de quatre médias (SRC, Southam, Quebecor et La Presse), Me Marc-André Blanchard, qui s’oppose à cette demande de huis clos.

Le débat judiciaire entre les Michaud et M. Turgeon porte uniquement sur le manuscrit. Aucun jugement ne peut effacer la mémoire de l’écrivain. Et aucun juge ne peut empêcher qui que ce soit de faire des recherches sur P.H. Desrosiers. Cette partie de l’histoire du Québec ne peut être effacée.

Tout cela pour dire que si le juge Côté ne veut pas donner l’impression d’avoir des préjugés sur la façon dont doit s’écrire l’histoire, si la cour et le juge lui-même ne veulent pas prêter flanc aux soupçons de toutes sortes, la seule façon de faire est de procéder en public.

Me Blanchard a par ailleurs rappelé que la Cour suprême est très exigeante pour qui veut obtenir des ordonnances de non-publication ou des huis clos. La règle de la transparence est essentielle à la crédibilité de la justice, rappelle régulièrement la Cour suprême. Il faut plus qu’un sentiment d’inconfort pour obtenir un huis clos. Il faut une preuve que c’est la seule façon de préserver ses droits, a pour sa part fait remarquer Me François Shanks, avocat de Turgeon.

Me Nitoslawski se défend bien de vouloir occulter l’histoire. Il maintient cependant que de faire le débat en public viderait le recours de ses clients de son sens : les Michaud veulent interdire la diffusion de l’oeuvre ; leurs raisons sont fondées sur le contenu de cette oeuvre, et seront exposées au juge. Si les médias les rapportent, à quoi bon interdire l’ouvrage?

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