Le PDG de Réno-Dépôt veut un procès secret

La Presse
Nouvelles générales Mardi 17 décembre 1996 A9
Le PDG de Réno-Dépôt veut un procès secret
Boisvert, Yves
TYPE: Nouvelle

LONGUEUR: Moyen

CENTRE D’INTÉRÊT: Écrivains; Biographies; Histoire, archéologie et généalogie; Gens d’affaires et entrepreneurship; Cours et administration de la justice; Accès à l’information et renseignements personnels

CENTRE GÉOGRAPHIQUE: Québec

Pour protéger la vie privée de son grand-oncle décédé il y a 27 ans, le président de Réno-Dépôt, M. Pierre Michaud, exige non seulement une injonction contre l’auteur Pierre Turgeon, mais un procès secret pour expliquer ses raisons.

M. Michaud a commandé à M. Turgeon une biographie de son grand-oncle, P.H. Desrosiers, l’homme d’affaires qui a démarré la chaîne de quincailleries ancêtre de Réno-Dépôt. Le contrat prévoyait que M. Turgeon garderait les droits d’auteur. Il a été payé 21 000 $ pour sa recherche, mais son manuscrit (qui devait être payé 33 000 $) a été refusé par M. Michaud.

On y dit apparemment des choses qui égratigneraient la réputation de l’ancêtre. Il y est question de pots-de-vin, d’influence auprès de l’ex-premier ministre Maurice Duplessis, et d’éléments de vie privée que les héritiers de M. Desrosiers ne veulent pas faire connaître.

Quand M. Michaud a su que M. Turgeon s’apprêtait à faire publier son livre chez VLB éditeur, il a demandé et obtenu de la juge Pierrette Rayle, en septembre, une injonction provisoire l’empêchant de le faire.

La cause est maintenant débattue «au fond» devant le juge Michel Côté, de la Cour supérieure. Le manuscrit est présentement sous scellé dans le bureau du juge.

L’avocat de M. Michaud, Me Marek Nitoslawski, a dit au juge Côté qu’il ne pouvait débattre l’affaire devant le public, et singulièrement les journalistes présents. Car pour faire sa démonstration, l’avocat doit citer les passages controversés de l’oeuvre, qui seraient alors rapportés par les médias, si bien que l’injonction qu’il pourrait obtenir serait inutile, a-t-il dit.

L’affaire n’a rien à voir avec la liberté d’expression, de dire Me Nitoslawski. Il s’agit d’une affaire purement privée entre deux personnes : M. Michaud a payé M. Turgeon pour un travail ; il n’a pas aimé le travail et l’a mis à la poubelle. Voilà tout.

Me Nitoslawski voit dans l’ouvrage de M. Turgeon uniquement du «voyeurisme» et a reproché à l’auteur d’avoir publicisé le bâillon qu’on lui impose. Citant un récent jugement de la Cour d’appel, Me Nitoslawski a plaidé le droit à l’anonymat et à la solitude (du défunt dont on voulait faire connaître la vie au public?). La publication de l’ouvrage causerait du tort ou ferait de la peine à des personnes vivantes, d’après l’avocat.

Certains observateurs se sont amusés hier de noter que Me Nitoslawski défend par ailleurs régulièrement Radiomédia et les animateurs Gilles Proulx et, surtout, Louis Champagne, de Chicoutimi, dans des causes pour atteinte à la réputation. M. Champagne en particulier est poursuivi dans plusieurs causes pour violation de la vie privée.

C’est ce matin que Me François Shanks, l’avocat de l’auteur, tentera de convaincre le juge Côté que cette cause doit, comme le Code de procédure civile le prescrit, se dérouler en public. Le code prévoit même l’accès pour les journalistes aux causes matrimoniales, on ne peut plus «privées» par définition.

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